#SHARETALENT

Un talent à valoriser ?
Une compétence à proposer ?
Une ressource, un équipement disponible ?

#SHAREIDEE

Une solution à un problème ?
Un marché détecté ?
Un nouveau produit à lancer ?
Un besoin détecté ?

Dans la Lozère « hyper-rurale », des jeunes bien dans leur époque

Paul Arnaud pour M Le magazine du Monde

Ils ont entre 15 et 30 ans et ont choisi de rester dans le village de leur enfance. Ou d’y revenir. A l’encontre des clichés sur les campagnes moribondes.

es cinq cadavres sont étalés dans l’herbe jaune de la fin de l’hiver. Cinq moutons, dont un magnifique bélier, Jacob, reconnaissable à ses quatre cornes. Luc Jouve, 33 ans, et Kévin Almeras, 20 ans, ont tiré les corps éventrés près de la maison. Les agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) sont venus relever les indices : les traces de pattes imposantes, parfaitement alignées dans la neige encore tombée au premier jour du printemps, les poils restés sur la clôture, les plaies béantes sur les animaux au regard vide…

Le loup, sans aucun doute. Barbe fine et bonnet enfoncé sur les oreilles, Luc dit sobrement sa tristesse. Il élève des vaches et fabrique du fromage bio à Saint-Jean-La-Fouillouse, en Lozère, mais les moutons appartenaient à La Toison d’or, la « ferme découverte » créée par ses parents retraités pour que les touristes admirent les espèces à poils laineux, du lapin angora au lama en passant par Pénélope, une magnifique truie mangalica.

Très vite, René Jouve, le père de Luc, a diffusé les images du carnage sur Facebook. Puis, Luc et Kévin ont placé cinq « pièges photographiques » autour des enclos. Les petites caméras à infrarouge, munies de cartes SIM, sont reliées au téléphone mobile. Ils sont paysans, traquent la bête revenue sur les antiques terres du Gévaudan, mais sont friands de technologies numériques.

« Entassement de handicaps »

Et c’est presque une surprise : on est sur le plateau de la Margeride, dans cette Lozère tout entière qualifiée d’« hyper-rurale », selon le terme du sénateur PS du coin, Alain Bertrand, dans un rapport de 2014 sur l’inégalité des territoires de la République. Rural, on voit ce que c’est, mais hyper-rural… C’est un peu comme la lessive chère à Coluche qui lavait « plus blanc que blanc » : les territoires les plus éloignés d’une métropole, les plus isolés, enclavés, pauvres, les moins équipés…

« Un entassement de handicaps naturels ou créés », écrit l’ancien maire de Mende, à propos de cette « diagonale du vide » qui court du nord-est au sud-ouest de l’Hexagone. Elle couvre la Lozère, département le moins peuplé de France avec ses 77 000 habitants (moins de quinze personnes au kilomètre carré) toujours plus vieillissants.

Du coup, en parcourant les hameaux autour de Châteauneuf-de-Randon – 566 habitants – ou de Grandrieu – 750 âmes –, à la recherche de ce qui reste de jeunesse, on s’attend aux clichés sur le « désert français », aux trognes rougeaudes filmées par Depardon dans La Vie moderne et à quelques adolescents « rouillant » sous l’abri d’un bus qui ne passe pas. Mais on tombe sur un fermier retraité amateur de réseaux sociaux et des jeunes gens qui guettent le loup depuis leur portable.

« L’autre jour, mon papa, qui vit à deux kilomètres, a fait un malaise. Ma mère a essayé de m’appeler, je ne l’ai su que plus tard, quand les messages sont arrivés d’un coup. » Isabelle, éleveuse

Car des jeunes s’accrochent à ces lieux-dits. Le nombre de fermes diminue, celles qui résistent ne cessent de s’étendre. Mais il y a encore des enfants prêts à prendre la relève, d’autres qui font le pari de s’installer. À 18 ans, Sylvain, qui s’active tout le week-end sur l’exploitation de ses parents aux Maurels, sait déjà tout de la conversion au bio, des subventions européennes, des parts prises dans les deux éoliennes qui se dressent derrière les collines, il connaît même le prix du kilowattheure tiré des panneaux solaires qui couvrent les hangars. Et le lundi, à l’aube, il prend la route pour le lycée technique de Gannat dans l’Allier, 250 km en voiture faute de train.

Lire aussi Futurs agriculteurs : « On ne pourra plus vivre comme nos parents »

Il faut un certain sens de l’aventure pour se lancer à 24 ans avec cinquante-six vaches et deux cents hectares, malgré la crise du lait et la consommation de viande à la baisse, surtout quand on n’est pas fils ou fille de paysan. C’est ce qu’a fait Nicolas, enfant de Châteauneuf, avec Fanny. Depuis trois ans, ils louent une maison à la commune de Chaudeyrac et des terres à un ancien.

Le prix des « broutards » se négocie encore en francs, mais le soir, c’est sur Facebook que Fanny poste ses vidéos de paysages et de vaches bien brossées. Elle compte les « like », répond aux questions sur les caissettes de viande sous vide proposées à la vente directe : « Pour ne pas rester dans son coin, pour montrer aux gens qu’on aime nos bêtes », dit-elle.

Isabelle et Cyril sont éleveurs près de Châteauneuf-de-Randon. Le couple dépend des réseaux sociaux pour  la vente directe et pour poster des photos de leur exploitation. Ce qu’Isabelle appelle de la « communication positive ».

Isabelle, la voisine et amie, appelle ça la « communication positive ». Le CDJA, le syndicat des jeunes agriculteurs dont elle est membre, encourage ces pratiques en riposte aux images chocs diffusées par l’association L214 pour dénoncer la maltraitance animale : « Avant, nous étions des ploucs, maintenant nous sommes des ploucs qui exploitent les animaux », sourit la jeune femme au regard clair.

Lire aussi L214, les croisés de la cause animale (édition abonnés)

Avec Cyril, son compagnon et père de leurs deux fillettes, ils louent maison et terres à Boissanfeuilles. L’isolement, l’éloignement des commerces, la solitude de l’hiver quand la seule voiture qui passe est la camionnette de Francis, le boulanger de Châteauneuf, « ne sont pas des contraintes », mais le prix à payer pour une « vocation et le plaisir de respirer l’air de chez soi ». Hyper-rural ? Le terme l’agace un peu : « Ça creuse encore le fossé et donne l’impression que l’on ne fonctionne pas comme les autres. »

La quête du Wi-Fi

Pourtant, elle connaît les « handicaps » évoqués par le rapport. Ne serait-ce que ces communications téléphoniques erratiques. À sept kilomètres à vol d’oiseau de La Toison d’or, Isabelle et Cyril craignent que le loup n’arrive avant une téléphonie digne de ce nom. S’ils veulent appeler le vétérinaire, ils doivent quitter l’étable pour traquer les ondes dans un coin de la cour. « L’autre jour, mon papa, qui vit à deux kilomètres, a fait un malaise. Ma mère a essayé de m’appeler, je ne l’ai su que plus tard, quand les messages sont arrivés d’un coup », ajoute Isabelle.

Un seul opérateur, Orange, offre un signal et, encore, la communication peut s’interrompre quand on traverse certaines « zones blanches ». Pas de 3G qui permet Internet, encore moins de 4G dont la Lozère est le département le moins bien doté. Pour combler le manque, il y a « la Femtocell, un boîtier branché sur la box qui permet d’avoir les cinq barres sur le portable… Enfin, quand il n’y a pas de coupure d’électricité à cause de la neige et du vent », explique Nelly, 20 ans, étudiante en BTS à Marvejols et revenue pour le week-end « dans son cocon », la ferme de La Gleyzolle. Tous les jeunes d’ici parlent de cette Femtocell et de leur quête de Wi-Fi pour Facebook, Instagram et autre Snapchat. Orange doit faire de bonnes affaires grâce à la couverture du réseau qu’il n’améliore pas.

« On nous laisse crever. Nous avons les mêmes devoirs que les autres citoyens, nous aimerions avoir les mêmes droits et pouvoir tenir nos jeunes au pays. » Bernard Bacon, maire de Saint-Symphorien

Sylvain Tesson, qui s’’est promené sur Les Chemins noirs (Gallimard, 2016) de l’hyper-ruralité, a beau pleurer la campagne d’antan et railler ces ruraux qui attendent le haut débit, ceux d’ici préféreraient être du bon côté de la « fracture numérique ». Ne serait-ce que pour les nécessaires futilités de l’adolescence : depuis sa maison du Cellier, Bénédicte, 14 ans, se pâme de posséder « le Snapchat de Jessica, des “Anges de la télé-réalité” et de Nicolas, des “Marseillais” », de « rigoler avec les youtubeurs Cyprien ou Squeezie » et de s’habiller en ligne parce que « c’est plus joli que dans les boutiques de Mende. »

Sandrine, sa mère, lève les yeux au ciel. Mais elle n’oublie pas sa propre adolescence : « Je me sentais différente de ceux de la ville, complexée. Bénédicte a l’impression de partager les mêmes choses que ceux de sa génération, elle est plus à l’aise partout. »

Bénédicte (à gauche) avec ses copines de l’équipe de football féminine. L’adolescente se pâme de posséder « le Snapchat de Jessica, des “Anges de la télé-réalité” » et de « rigoler avec les youtubeurs Cyprien et Squeezie ».

Bénédicte (à gauche) avec ses copines de l’équipe de football féminine. L’adolescente se pâme de posséder « le Snapchat de Jessica, des “Anges de la télé-réalité” » et de « rigoler avec les youtubeurs Cyprien et Squeezie ». Paul Arnaud pour M Le magazine du Monde

Mais l’usage du Web est aussi plus sérieux : l’absence de connexion peut pénaliser la location des gîtes d’été et l’Internet trop lent n’aide pas les initiatives comme celles de Jonathan Ars qui espère créer une fromagerie à Saint-Symphorien, au-dessus de Grandrieu. Oubliée des opérateurs, la municipalité doit payer un abonnement à une société locale pour qu’elle renvoie le signal vers la croix du calvaire convertie en relais : « On nous laisse crever. Nous avons les mêmes devoirs que les autres citoyens, nous aimerions avoir les mêmes droits et pouvoir tenir nos jeunes au pays », bougonne Bernard Bacon, le maire sans étiquette « mais plutôt de gauche ».

À Châteauneuf-de-Randon, Bruno Durand, le maire sans étiquette, « mais plutôt de droite », peste aussi contre « Orange qui ne fait aucun effort pour apporter la 3G ». Le village n’a rien contre la modernité. La preuve se dresse depuis peu sur la jolie place, entre le Christ qui se morfond sur sa croix de fer et la statue de Du Guesclin (mort ici en 1380) qui fait la gueule : une borne de recharge électrique pour les automobiles.

L’élu l’a voulue ici plutôt que sur la RN88 qui passe à l’écart : « Il faut entre une heure et une heure et demie pour faire le plein. Pendant ce temps-là, les touristes visiteront », espère-t-il. Bruno Durand compte les morts : « huit décès depuis janvier et une naissance… Alors que nous avions dix habitants de plus depuis le dernier recensement de 2014. » Déjà que l’école privée sous contrat, la seule de Châteauneuf, a perdu un poste…

Avec ses quelques commerces, ce n’est pas encore un village fantôme. Mais la perception est partie depuis longtemps, le bureau de poste et son distributeur de billets conquis de haute lutte est fermé le samedi et le lundi matin, la gendarmerie n’abrite plus que des permanences et le médecin bientôt retraité n’aura peut-être pas de successeur… Le centre s’anime brièvement le matin vers 7 heures, lorsque les collégiens et lycéens prennent le car pour Langogne, à 25 kilomètres, ou Mende, à 30 kilomètres. Puis, c’est à peu près tout, jusqu’à leur retour, à 17 heures.

Fillon « malgré les affaires de Penelope »

Un village tranquille, où l’on vante les clefs laissées sur la voiture et les portes des maisons ouvertes, loin du sentiment d’insécurité. « Pourtant, le FN progresse chez les jeunes, j’ai peur que l’on ait une surprise à la présidentielle », dit le maire de cette commune où l’extrême droite a obtenu 25 % aux régionales de 2015 et interrogé avant le premier tour de l’élection présidentielle. Plus que les difficultés économiques ou l’impression d’être « oubliés », ce sont les « étrangers » – inexistants dans le village et la campagne autour – qui cristallisent fantasmes et rancœurs.

Ce n’est pas cette fois que Châteauneuf et ses environs basculeront à gauche : la plupart des jeunes interrogés à la veille de la présidentielle, fidèles à cette terre même quand elle est conservatrice, choisiront Fillon « malgré les affaires de Penelope » (pas celle qui a vu le loup à la ferme de La Toison d’or).

François a grandi dans le village, mais il choisira plutôt le côté gauche. Anaïs, sa compagne de 27 ans, aussi. Lui est informaticien, elle est directrice de l’école publique de Grandrieu. François avait créé un logiciel de gestion des routes pour une société de Mende qui a déménagé à Strasbourg. Il n’a pas voulu quitter le pays et pratique le télétravail, malgré les insuffisances d’Internet. Anaïs avale chaque jour les 20 kilomètres qui la séparent de l’école.

« S’il faut faire soixante bornes en voiture pour un spectacle, on se les tape. » Anaïs, habitante de Châteauneuf-de-Randon

Si un soir, l’envie les prend d’un restaurant, ils filent au Puy, à une heure de route. Si Anaïs se pique de lèche-vitrines, c’est Montpellier ou Clermont-Ferrand, à deux heures et demie. Pour les escapades à Berlin, Londres, ou Barcelone, ils vont chercher le vol à Lyon-Saint-Exupéry, à plus de trois heures : « la voiture affiche 7 000 kilomètres en deux mois », dit François.

Anaïs assume sereinement les contradictions que lui impose la « ruralité » : elle achète ses livres sur Amazon, « pour ne pas attendre des mois », mais fait ses « courses au village, même si c’est un peu plus cher ». Elle élabore son compost et récupère l’eau de pluie pour son jardin, mais « s’il faut faire soixante bornes en voiture pour un spectacle, on se les tape ». Elle est enseignante dans le public, mais ses enfants iront « dans l’école privée du village, puisque c’est la plus près ».

Ils vivent peut-être dans « La France périphérique » du géographe Christophe Guilluy, mais n’ont pas l’air de souffrir de la « sédentarisation contrainte » ou du « quotidien subi ». Tout comme Marie, 30 ans, qui a connu Londres, Sun Valley ou Dubaï grâce à son métier de sommelière avant de reprendre l’Hôtel de la Poste de L’Habitarelle, dans la famille depuis six générations.

Ou Julien, qui raconte ses virées à Ibiza, en Italie, au Portugal, mais refuse de s’éloigner de la forêt et des eaux bleues du lac de Naussac. Ou Line, 23 ans, croisée Chez Viviane, le bar de Grandrieu plein à craquer le soir où il y a bal, qui parle de ses voyages en Inde ou aux Philippines, mais veut rester au village. Quitte à travailler comme vendeuse au Gedimat malgré son DUT de comptabilité et gestion.

Emmanuel, revenu de Montpellier avec, en poche, un master de développement durable et aménagement, occupe un poste de vacataire à la Direction départementale des territoires, à Mende : « Bac plus cinq et payé au smic. Mais la nature et l’espace me manquaient… Ici, tout le monde se connaît, les générations se mélangent… »

« Marquisette », comité des fêtes et emplois menacés

En fin de semaine, garçons et filles viennent de tous les hameaux pour se retrouver au stade de foot de Châteauneuf : c’est le seul endroit éclairé un vendredi soir. Pas forcément pour le sport : la troisième mi-temps, arrosée, peut se prolonger tard dans la nuit. Les ados se mêlent aux jeunes adultes : il n’y a pas assez de monde pour se snober les uns les autres. Les plus vieux conduisent les plus jeunes au Kheops, la boîte de Naussac, ou au bal, et les chauffeurs sont priés de modérer leur soif de « marquisette » (mousseux, rhum, limonade et agrumes) que l’on boit par bouteille d’un litre et demi sans la lâcher, même pour danser.

Chaque village ou hameau a son comité des fêtes que les jeunes font vivre : concours de belote, loto, fête votive, bœuf à la broche, feux de la Saint-Jean… Les recettes permettent de s’offrir un long week-end à quinze ou seize au Cap d’Agde ou en Espagne : « C’est ça qui tient nos villages. Sinon, l’été serait comme l’hiver : triste », dit Lucie, 22 ans, qui s’active au sein du comité des fêtes du Cellier.

« Après le lycée, je pars dans une grande ville. Ici, c’est loin de tout, y a rien et on s’ennuie. » Océane, 17 ans, habitante de Châteauneuf-de-Randon

Elle écourte les soirées lorsqu’elle embauche samedi et dimanche au foyer de vie de Châteauneuf où elle est aide médico-psychologique. Ici, ceux qui ne sont pas dans l’agriculture travaillent dans le secteur sanitaire et social : depuis des décennies, la Lozère accueille des personnes âgées ou handicapées envoyées par d’autres départements. Il y a quatre institutions du genre à Châteauneuf, une à Chaudeyrac, une à Pierrefiche. Mais les départements payeurs songent à rapatrier leurs patients et les emplois qui vont avec. « Ce serait terrible pour nos boulots », dit Lucie.

Ces départs inquiètent aussi Sophie Pantel, qui reçoit dans son bureau de présidente (PS) du conseil départemental, à Mende. Si la Lozère connaît un taux de chômage plus faible (6,4 %) que la moyenne nationale (10 %), c’est parce que les jeunes se sont exilés : « On est en dessous de tous les seuils qui nous permettent de conserver nos services publics », dit-elle. Le terme d’hyper-ruralité ne lui plaît pas trop (« il nous définit par des manques alors que nos territoires rendent aussi des services à la société »), mais le « désenclavement » est un combat.

 

Le vendredi soir, ados et jeunes aldultes de tous les hameaux se réunissent au stade de Châteauneuf-de-Randon. Les soirs de bal, c’est le bar Chez Viviane (photo), à Grandrieu, qui ne désemplit pas.

Le vendredi soir, ados et jeunes aldultes de tous les hameaux se réunissent au stade de Châteauneuf-de-Randon. Les soirs de bal, c’est le bar Chez Viviane (photo), à Grandrieu, qui ne désemplit pas. Paul Arnaud pour M Le magazine du Monde

Associé à l’Aveyron et au Lot, le département investira 51 millions d’euros sur quatre ans dans un réseau haut débit qui doit couvrir 80 % de la population en 2021. Six pylônes de téléphonie seront installés près des principaux lieux touristiques, des « maisons de service public » vont faciliter le télétravail. Les chantiers de mise en deux fois deux voies de la RN88, le principal axe routier dans l’est de la Lozère trop éloigné de l’A75, devraient (enfin) démarrer en 2020. Différents types de bourses doivent encourager les internes en médecine à venir pour des remplacements ou des installations. Un système est mis en place pour accompagner les jeunes qui souhaitent revenir au pays après leurs études.

Océane, 17 ans, assure qu’elle ne sera pas de ceux-là : « Après le lycée, je pars dans une grande ville. Ici, c’est loin de tout, y a rien et on s’ennuie », dit-elle pendant qu’elle plie des fleurs en papier crépon, corvée du soir pour les volontaires du comité des fêtes de Châteauneuf qui préparent la fête votive du 13 août. Elle est la seule parmi les cinq autour de la table à envisager le départ : « On a tous notre période où on a envie de s’en aller », relativise Aurélie, 25 ans, assistante sociale à Mende après avoir passé trois ans trop longs dans la Loire.

Bien sûr, chacun a son idée de ce qu’il faudrait de plus pour améliorer le quotidien : des transports en commun, un gymnase, un « lieu pour les jeunes », un cinéma digne de ce nom, la sempiternelle amélioration du réseau mobile… Mais cela fait longtemps que les gens d’ici se débrouillent sans, alors…

À parcourir les petites routes autour de Châteauneuf-de-Randon, juste avant la fin de la campagne présidentielle, on n’a pas trouvé la « France d’en bas ». Juste des jeunes qui prennent le droit que des anciens réclamaient de manière plus radicale, il y a tout juste quarante ans dans le Larzac voisin : celui de vivre et travailler au pays.


Source : M le magazine du Monde | – Pierre SORGUE – Photos : Paul ARNAUD – Dans la Lozère « hyper-rurale », des jeunes bien dans leur époque

Vous connecter avec vos identifiants

ou    

Vous avez oublié vos informations ?

Create Account